Longtemps dénigrée pour sa météo pluvieuse, la Bretagne n’a pas été épargnée par les vagues de chaleur cet été 2026. L’épisode caniculaire qui a frappé la région, a révélé les manques des bâtiments scolaires, peu adaptés pour résister à la chaleur. Entre adaptation dans l’urgence, projets de rénovation en attente, finances dans le rouge, plusieurs écoles élémentaires et primaires ont dû fermer temporairement ou adapter leurs horaires.

Se réfugier dans une église pour continuer à faire classe malgré les fortes chaleurs, un comble pour une école publique et laïque. L’école de Trévou-Tréguignec, dans les Côtes-d’Armor, en est pourtant venue à cette solution fin juin, juste avant les vacances scolaires. Dans l’église, la température était beaucoup plus soutenable pour les enfants. Comment une telle situation a-t-elle pu arriver ? L’Etat néglige-t-il la rénovation thermique des bâtiments scolaires ?

Lors de l’épisode caniculaire du mois de juin 2026, plus de 4 000 des 47 000 écoles maternelles et élémentaires françaises ont été fermées, d’après le ministre de l’Éducation nationale, 11 000 autres ont dû adapter leurs horaires. À l’échelle locale, dans les Côtes-d’Armor, 25 écoles publiques ont fermé le lundi 22 juin comme le souligne le rectorat, tandis que des dizaines d’autres ont dû adapter leurs horaires, leurs modalités d’accueil ou encore les lieux d’enseignement des élèves. “Les températures ont dépassé les 28 °C dès le matin, pour franchir 35 °C l’après-midi dans une école de Lannion”, relève Marie Pincemin, du syndicat FSU-SNUipp des Côtes-d’Armor. 

Difficile de trouver un coin d’ombre dans la cour de l’école publique du Rusquet : Un seul arbre et du béton. Photo : Félix Landais

“ On perd du temps d’apprentissage pour les élèves, on leur vole leurs droits.” 

Face à cette situation, tout le monde a dû s’adapter : directrices et directeurs d’établissement, enseignantes et enseignants, personnels éducatifs, parents, mais surtout élèves.

Sur le terrain, chacun doit alors composer avec des situations auxquelles les établissements ne sont pas toujours préparés. Ce fut notamment le cas pour Antoine* directeur d’une école publique dans les Côtes-d’Armor, contraint d’avertir le matin même que seuls les enfants des « personnes prioritaires » seraient accueillis l’après-midi. “La préfecture freine toujours ce genre de décisions, pour ne pas déstabiliser inutilement le département. C’est pourquoi nous avons été prévenus lundi matin, le jour même, que nous ne devions accueillir qu’une partie des enfants l’après-midi”, une gestion qui selon lui, a également des conséquences directes sur les élèves “c’est dommage, car car on perd du temps d’apprentissage pour les élèves, on leur vole leurs droits.” 

Ces fermetures et adaptations ont également des conséquences sociales. “Certains enfants vivent dans des logements qui sont de véritables bouilloires thermiques. Les renvoyer chez eux n’est pas forcément la bonne solution, déclare Mathieu Heurtault, membre de la FCPE 22 (Fédération des conseils de Parents d’Elèves des Côtes d’Armor), Durant la canicule de juin, j’ai vu des enfants venir sur leur lieu de travail avec leurs parents.” 

Des températures qui posent aujourd’hui la question des conditions d’accueil et d’apprentissage dans les établissements scolaires : “Les élèves sont épuisés dès qu’il fait chaud, il y a un manque de concentration et des conditions d’apprentissage beaucoup plus compliquées. On doit revoir notre manière d’enseigner pendant ces périodes-là. Par exemple, les enfants ont du mal à tenir leur crayon dans les mains pour rédiger”, souligne Marie Pincement, membre de la FSU-SNUipp 22 (Syndicats des enseignants des Côtes-d’Armor).

Au vu des projections de l’Observatoire de l’environnement en Bretagne, qui prévoient des températures maximales de 44 °C à 47° C à partir de 2040, ces fermetures sont pourtant amenées à se reproduire si aucune mesure n’est adoptée par les pouvoirs publics. 

Ce bâtiment aux murs anciens et épais a plutôt résisté face à la canicule de juin 2026. Photo : Félix Landais

“On est surpris de voir à quel point le changement climatique est arrivé vite”

“Je suis surpris de voir à quel point le changement climatique est arrivé vite”, s’étonne Fabien Canévet, adjoint à l’éducation de la commune de Lannion, au climat certes plutôt tempéré. 

Pourtant, les alertes n’ont pas manqué. “Ce n’est pas une surprise que des canicules frappent des écoles : on le sait depuis 20 ou 30 ans, tout se passe comme prévu”, rebondit Amaury Fievez, doctorant et pilote du programme RACINE (Recherche sur l’Adaptation aux Canicules à l’intérieur de Nos Écoles).

Les scientifiques du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) alertaient déjà en 2007, soit il y a près de vingt ans, sur une hausse des températures au XXIᵉ siècle, estimée alors entre 1,8 et 4 °C selon les scénarios. 

Ces épisodes à répétition mettent surtout en lumière l’inadaptation d’une partie du bâti scolaire aux nouvelles conditions climatiques. Un rapport réalisé par un collectif de syndicats et d’associations fondé en 2020 nommé Alliance écologique et sociale établit un état des lieux précieux des établissements scolaires. Il relève l’urgence absolue de rénover le bâti et souligne que les écoles restent majoritairement inadaptées au dérèglement climatique. Entre 10 et 20 % des bâtiments scolaires présentent même un état de dégradation important et seulement 14 % répondent aux normes “bâtiments basse consommation”.

Même si l’Etat a appliqué la RE 2020 aux bâtiments scolaires neufs depuis le 1er juillet 2022. Cette réglementation environnementale prend en compte la performance énergétique et l’impact carbone sur l’ensemble du cycle de vie des établissements, notamment lors de la construction. En revanche, elle ne s’applique pas aux écoles existantes, dont les travaux de rénovation relèvent de réglementations spécifiques aux bâtiments déjà construits. Selon Mr. Fievez : “Respecter la réglementation ne garantit pas d’avoir un bâtiment confortable en été ”. 

Aujourd’hui donc, rénover un bâtiment selon les normes actuelles et la RE2020, ne garantit pas forcément un confort durant les vagues de chaleur.

En pleine crise financière, le système D

Les solutions face à cette urgencee heurtent toutefois rapidement à une question de moyens. À Lannion, Fabien Canévet, adjoint à l’éducation, regrette la fermeture de certaines classes. “Cela a engendré une perte d’environ  20 000 euros sur les quatre jours de canicule”. Moins de repas servis à la cantine, fermeture des espaces périscolaires : la mairie a dû piocher dans ses ressources pour combler ces manques et rémunérer malgré tout ses employés.
Dans un contexte économique national tendu, la marge de manœuvre est limitée. Le 4 septembre, l’État a amputé 40 millions, sur l’enveloppe de 60 millions prévue par la Banque des territoires et le programme Actee (Action des Collectivités Territoriales pour l’Efficacité Énergétique). Ce financement devait financer la rénovation thermique des bâtiments publics en équipant les établissements scolaires d’ici à l’été 2027.

Une somme à l’origine dérisoire réduite de trois quart, qui oblige les écoles à s’adapter.

Sans marge de manœuvre, place au “système D”. “On va certainement mettre en place des solutions provisoires, puisqu’on ne pourra pas rénover les bâtiments d’ici les prochains mois”, prévient Fabien Canévet. Au sein des écoles lannionnaises, chacun s’est organisé comme il a pu. “On a dû aller dehors, à l’ombre. Nous avons revu nos méthodes d’apprentissage, raconte Christine, enseignante dans une école publique de Lannion, Certains parents ont amené des tancarvilles avec des serviettes et des gants de toilette humides pour rafraîchir les classes”. Dans cet autre établissement, le directeur Antoine* se souvient : “Je suis parfois venu la nuit pour ventiler les bâtiments, vers minuit. Le bâtiment des maternelles était à 27 degrés et il est descendu à 25 degrés en une heure de ventilation”. 

Papier aluminium sur les vitres, blanc de meudon, ventilation nocturne… des solutions à moindre coût et à priori précaires, mais efficaces. “Nous considérons que 80% du boulot est fait avec de bonnes protections solaires ou en mettant en place une ventilation la nuit”, abonde Amaury Fievez, doctorant et pilote du programme RACINE. Ce programme, lancé en juin 2025, vise à adapter les bâtiments scolaires publics aux vagues de chaleur, avec une approche peu coûteuse ni énergivore. Établie autour de 30 écoles, l’expérimentation du projet prendra fin en juin 2027. Bien qu’il reconnaisse l’efficacité des solutions “low-tech”**, Amaury Fievez ne s’en contente pas : “Le sujet est clairement sur la rénovation aujourd’hui. Il y a 50 000 écoles, quasiment aucune ne résiste face aux canicules”.

Face aux vagues de chaleur : rénover ou construire

Malgré cela, la case rénovation sera nécessaire en beaucoup d’endroits, car beaucoup de bâtiments sont vétustes. “Après la Seconde Guerre mondiale, il a fallu tout reconstruire très rapidement. explique Mathieu Joly, ingénieur et membre de TRIBU, un bureau d’études pour la conception écoresponsable. On a toujours voulu construire plus vite pour moins cher”. 

Mais tout reconstruire appelle un investissement financier très conséquent. Une nécessité que certaines municipalités – en charge des bâtiments des écoles primaires – interrogent face à la chute de la démographie. “On ne va pas investir des millions sur une école qui risque de fermer demain”, avance même Fabien Canévet, à Lannion. L’élu plaide toutefois “pour que la rénovation des bâtiments qui accueillent du jeune public soit une priorité”. 

En banlieue rennaise, l’école Eugène-Pottier à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine) fait office de première de la classe. Elle a pu bénéficier de travaux menés par l’agence M’CUB architectes qui utilise des solutions low tech pour que les écoles puissent rester ouvertes durant les fortes chaleurs. Ainsi, malgré des températures qui ont grimpé jusqu’à 41,5 degrés à Rennes, la chaleur dans les classes n’a pas dépassé les 26 degrés. “Maintenir une classe à 25-26 degrés quand il en fait 40 dehors, c’est possible. Il y a pas mal d’appels d’offres maintenant, sur des rénovations ou des restructurations d’écoles”, affirme Mathieu Le Cadre, architecte au sein de l’agence. Comment ? Innover avec une isolation en botte de paille et enduit de terre, brise-soleil orientables installés sur les différentes vitres ou encore végétalisation des toitures des écoles.

Parmi les solutions intermédiaires : le regroupement d’établissements apparaît comme une piste moins onéreuse. Alors que les effectifs sont en baisse dans les écoles publiques lannionnaises, construire une seule école en capacité de résister aux vagues de chaleur devient plus intéressant que d’en rénover plusieurs. Cela induit de laisser certaines écoles en l’état actuel, et de voir le scénario de juin 2026 se reproduire en 2027 et après. Un pari de mixité sociale ou une énième manière de repousser un problème déjà bien installé ? 

Théophile COLAS, Félix LANDAIS et Shazane LEGRAIN.

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