Mortalité, baisse du système immunitaire et stress thermique… Les secteurs avicoles, bovins et porcins ont été très impactés par l’été caniculaire de 2026, le plus chaud jamais enregistré depuis 1900. Avec des températures allant jusqu’à 42,5°C en Bretagne, les éleveurs ont essayé de limiter la casse avec les moyens du bord.

En Bretagne, en raison des fortes chaleurs, plus de 6 000 tonnes de volailles seraient mortes cet été.
© Jeanne Le Bouhart 

À Saint-Maden (22), dans son exploitation de volailles, Sylvain Coulombel, 57 ans, fait les comptes de cet été caniculaire. Sur son domaine, neuf salles et environ 25 000 volailles, destinées à la vente.

Dans sa ferme, la température est montée jusqu’à 40°C cet été. Au total, il a perdu 2 000 volailles en une journée… “C’étaient les plus belles et les plus grosses”. C’est la première fois, depuis que l’éleveur a repris l’entreprise familiale en 2002, qu’il fait face à une telle hécatombe. Il estime le manque à gagner à 15 000 euros.

Une surmortalité

Ces augmentations de températures mettent en danger la pérennité de certains élevages. “La vague de mortalité chez les bovins a été observée surtout au moment du 3ᵉ pic, sans doute parce que les animaux n’avaient pas eu le temps de récupérer des deux premiers épisodes”, analyse Raphaël Guatteo, professeur en médecine bovine et gestion de la santé des bovins à l’école vétérinaire de Nantes. 

Un secteur fragilisé

Au sud de Rennes, les 43 vaches laitières de Gwenaël Gougeon ont subi de plein fouet le premier coup de chaleur de mai. “Elles ont chuté d’environ 10 litres de lait par jour le temps du pic de chaleur (…) J’ai 50 vaches, donc sur une semaine ça fait environ 3000 litres en moins.”, raconte-il. L’éleveur estime à 1 300 euros ses pertes sur une semaine. “Ça représente de l’argent, il faut être vigilant, nos vaches n’allaient même plus se faire traire au robot de traite. On a dû redoubler de travail pendant cette période”. À présent, il craint un développement de maladies chez les bovins, qui pourrait avoir des conséquences sur leur reproduction plus tard.

Des chanceux dans la crise

Les conséquences de la canicule ne sont pas les mêmes pour tous les éleveurs. Jean* tient sa chance de sa localisation. À quelques kilomètres de Lannion, à proximité de la côte, ses 43 vaches laitières ont pu profiter du vent du littoral, qui a rafraîchi la température sur son exploitation. La baisse de rendement temporaire qu’il a subie, “de 5 à 10 %” ne l’inquiète pas, car les chiffres sont depuis repartis à la normale. “On a eu un retard dans la fécondation, mais on aura les veaux… juste un peu plus tard”, lance-t-il, désabusé.

À Servel, à côté de Lannion, les vaches de Jean* ont pu profiter du climat du littoral durant les fortes chaleurs.
© Aésa Rahmani

Dans la SARL Avicole du Guindy, à Plouguiel (22), Louis Allain Guillaume s’affirme aussi chanceux après ces canicules. Son élevage de dindons se porte bien, et la chaleur a même profité à ses poussins. “J’ai rechargé autour du 10 juin les petits dindons. Les fortes chaleurs sont arrivées à ce moment-là. Mes chauffages avaient moins besoin de travailler”, sourit-il. Pour les dindonneaux, encore sans plumes, il faut maintenir une température d’environ 34°C à l’intérieur des bâtiments, identique à celle de l’extérieur cet été. “Ça aurait pu être très compliqué avec les dindons à maturité, avec des plumes et donc plus gros”, reconnaît-il. 

Si cette année a profité au bon développement de son élevage, elle a aussi été une prise de conscience. “Dans le nord des Côtes-d’Armor, on ne pensait pas être impactés, mais on pense à la brumisation pour les années à venir”, avoue-t-il.

Innover…

L’été 2026 était historique et le réchauffement climatique le rend d’autant plus probable de se répéter. “La situation est effrayante, c’est un avant-goût de ce qu’on va avoir dans le futur”, affirme Pierre d’Arrentières de l’Observatoire de l’environnement en Bretagne. “Les records de température dépasseront probablement 46°C, voire 51°C selon les modèles pessimistes”. Face à cela, pas le choix de s’adapter pour l’élevage, 2ᵉ secteur le plus émetteur d’émissions de gaz à effet de serre en France. 

Dans sa ferme laitière près de Rennes, Gwenaël Gougeon a installé des ventilateurs dans sa stabule après le pic de chaleur de mai. “Sans les ventilateurs, il y aurait eu des pertes. La suite s’est mieux passée. Il n’y avait plus qu’un litre de perte par vache par jour”. Coût de l’installation : 20 000 euros aux frais de l’éleveur. 

En juillet, Sylvain Coulombel, l’éleveur de volailles dans les Côtes-d’Armor, investit pour 20 000 euros de brumisateurs pour ses poulaillers. “On met de l’eau sous pression, ça fait des mini-gouttelettes.” Ce système lui permet de descendre la température de 5 degrés dans ses bâtiments. Ainsi, pas d’autres pertes de volailles sur le reste de l’été. “C’est généralement la première solution qu’on vous propose. La moins chère, la plus efficace pour le moment.”

Pour Sylvain Coulombel, il faut investir pour ne pas subir d’autres pertes.  © Jeanne Le Bouhart

Cependant, l’éleveur a conscience que si les températures augmentent, ce système deviendra obsolète. “Aujourd’hui, on peut descendre de 42°C à 36°C. Mais si ce 42 doit monter à 48, on retrouve notre température critique”. Même constat pour Gwenaël Gougeon. “Dans 10 ans, il faudra qu’on suive les adaptations des bâtiments. Une isolation, c’est plus efficace mais ça coûte cher, jusqu’à 100 000 euros”, souligne-t-il.

… Mais à quel prix ?

Pour le syndicat Jeunes Agriculteurs, l’enjeu est surtout d’obtenir une meilleure rémunération pour faire face à ces situations amenées à se répéter. “Si on était mieux payé, on n’aurait pas besoin d’aides d’urgence”, clame au téléphone son président Guillaume Nourry. Pour l’heure, scientifiques et agriculteurs s’interrogent sur l’avenir de l’élevage face à ces fortes chaleurs.

*Jean : pseudonyme pour garder l’anonymat de l’éleveur.

Aésa Rahmani et Jeanne Le Bouhart

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